Bolivie : visiter une mine à Potosi, bonne ou mauvaise idée ?

C’est probablement « l’attraction » numéro une à faire dans la ville de Potosi en Bolivie. Néanmoins, la visite d’une mine ne laisse personne indifférente. C’est en effet une expérience aussi instructive que controversée, qui nous a nous, profondément marquée. Longtemps avant notre arrivée dans la ville, on s’est demandé si c’était une bonne ou une mauvaise idée de nous infliger cela (et si ce n’était pas trop du voyeurisme…). On vous fait dans cet article le récit du déroulement de la visite d’une mine à Potosi ainsi que ce qu’on a pu y apprendre.

Visiter une mine à Potosi en Bolivie

La mines en Bolivie

Perchée à plus de 4000 mètres d’altitude, Potosi était autrefois une cité riche et prospère, notamment grâce à l’exploitation des mines d’argent. Des peuples du lac Titicaca (notamment les Uros) étaient asservis par les Espagnoles pour aller travailler à la mine. Durant de nombreuses années, des enfants ont été utilisés pour se faufiler dans les dédales de ce labyrinthe souterrain. Heureusement de nos jours, ce n’est (a priori) plus le cas. L’architecture de la ville de Potosi témoigne donc d’un passé glorieux, laissé désormais presque à l’abandon. Aujourd’hui, il ne reste plus que de l’étain à extraire du « Cerro Rico » dominant la ville, fournissant ainsi aux habitants de biens maigres revenus…

Réserver votre visite à la mine de Potosi

Nous avons réservé cette matinée de visite auprès de notre guesthouse pour l’équivalent d’une douzaine d’euros. Dans le centre-ville, les petites échoppes touristiques proposent toutes cette activité un peu « insolite » pour un prix similaire. On ne saurait pas vraiment dire s’il y a de bonnes ou de mauvaises agences pour réaliser cette « excursion », mais l’idéal c’est de se renseigner auprès d’autres touristes l’ayant fait avant vous. Nos prédécesseurs nous avaient informés à quel point c’était assez « costaud », mais on était loin d’imaginer que cela pouvait l’être à ce point…

Enfiler l'équipement du mineur

Le matin de la visite de la mine, un mini-van vient nous chercher à la guesthouse. À son bord, des équipements complets de mineurs des plus rudimentaires, que nous devons dès à présent enfiler. Ce dernier se compose d’un pantalon, d’un haut à manches longues, d’un casque équipé d’une frontale relié à notre ceinture, et d’un foulard faisant office de masque (bonjour l’efficacité de ce dernier…). Ah oui, il y a une paire de bottes chacun aussi. Pour la petite histoire, c’est exactement l’équipement que les travailleurs arborent à la mine. Ni plus, ni moins ! Et franchement, c’est un peu limite comme tenue de protection

La tenue complète du mineur à Potosi

Acheter des cadeaux pour les mineurs dans le centre de Potosi

Nous commençons cette visite par une descente dans le centre-ville de Potosi pour l’achat de « cadeaux » pour les mineurs. De façon innocente, nous pensions à quelques sucreries ou des choses de ce genre. Et bien non, nous nous retrouvons à acheter de l’alcool pur, des feuilles de coca, des cigarettes et …de la dynamite !… Oui, vous avez bien lu, que des bonnes choses n’est-ce pas ? Pourquoi donc tous ces cadeaux ? Et bien l’alcool pur, c’est pour « se donner du courage » dans la mine (c’est la seule boisson qu’ils ingurgitent si l’on en croit notre guide…exit l’eau et ses propriétés désaltérantes). Les feuilles de coca, pour couper la faim et combattre (parfois) le mal de l’altitude à l’intérieur. Et la dynamite, c’est pour creuser de nouvelles galeries (non sans danger, entendons-nous bien !…)

Déroulé de la visite d'une mine à Potosi

1. Arrivée au sommet du Cerro Rico

Après un peu de grimpette à bord de notre mini-van, nous arrivons au sommet du Cerro Rico et de facto à l’entrée de la mine. Après une petite prière aux divinités Andines pour nous protéger d’une mort certaine au fin fond de la mine, nous entrons péniblement dans un souterrain des plus obscures. Pour votre gouverne chaque année des mineurs meurent ensevelis à cause d’éboulements liés à l’utilisation de dynamite – cette dernière information est aussi valable pour les touristes (soit dite en passant…). Mais ça, on ne l’avait pas forcément conscientisé avant de nous aventurer là-dedans…

Le sommet du Cerro Rico
La zone des mines sur le Cerro Rico à Potosi en Bolivie

2. La descente dans la mine

C’est donc équipés de nos frontales que nous nous enfonçons dans le tunnel de la mine, au beau milieu des travailleurs. Ces derniers poussent de lourdes charges dans une obscurité quasi totale. Plus l’on progresse, plus l’air semble se raréfier au profit d’une poussière épaisse qui irrite fortement la gorge. Aussi, la chaleur se fait de plus en plus intense. Bien que la température extérieure ne soit que d’une vingtaine de degrés, elle peut aller au delà des 30 degrés au cœur des galeries. Le taux d’humidité grimpe considérablement quant à lui. Enfin, les passages se font de plus en plus étroits au fur et à mesure que nous progressons.

Visiter une mine Potosi Bolivie
On fait moins les malins une fois à l'intérieur...

3. Des conditions de travail innaceptables

Au bout d’un moment, la chaleur se fait de plus en plus étouffante dans la mine, et la poussière est telle qu’elle nous brouille légèrement la vue en plus de nous piquer la gorge. Nous commençons tous à tousser et comble du luxe, nous devons ramper dans un trou large de 60 cm de diamètre pour ensuite grimper sur une échelle au-dessus d’un vide d’environ 5-6 mètres…

S’en est définitivement trop pour moi (Elen) car l’environnement devient de plus en plus insoutenable. La panique commence donc à me gagner petit à petit. Décidant de rebrousser chemin peu avant la fin, je suis restée seule dans le noir à attendre que l’autre partie du groupe remonte. Pourtant, je tiens à préciser que je ne suis pas claustrophobe et que je n’ai pas peur dans l’obscurité. Je considère de plus être en condition physique plus que correcte. J’ai donc attendu là, assise seule dans le noir à entendre les « plic-ploc » des gouttes d’eau ruisselant dans la mine… Heureusement, les quelques passages de mineurs chargés comme des mulets de minéraux me font me sentir moins seule de temps à autre. J’attends donc patiemment le retour du groupe pour regagner l’extérieur, non sans hâte !

L'entrée du tunnel d'une mine à Potosi
L'entrée de la mine
Se prendre pour un mineur à Potosi
Se prendre pour un mineur

L'après-mine

Pour vous donner une idée, la poussière était telle au fond de la mine que lorsque nous en sommes sortis, nous « mouchions » du noir à n’en plus finir. Ajoutez à cela une température excède les 30°, l’obscurité, et l’altitude de plus de 4000 mètres… Il n’en fallait pas plus pour que nous restions tous les 4 couchés à comater durant le reste de l’après-midi tant nous avions mal à la tête…

Visiter une mine à Potosi en Bolivie : on n'y renviendra pas, mais...

Nous avons appris énormément de choses au cours de cette visite assez insolite, et surtout à nous glisser dans la peau des mineurs. Certains diront que c’est du voyeurisme, moi j’appelle cela de l’empathie. Car oui, nous sommes désormais aptes à discuter avec notre entourage de ce que peuvent être des conditions de travail extrêmes dans un milieu dangereux. Cependant si c’était à refaire, nous ne le referions pas car nous avons jugé cette expérience trop dangereuse (échelles très glissantes, possibilité d’effondrement, etc…). Après, libre à chacun de juger de la dangerosité de l’expérience. On recommande aussi l’article de Ninon et Kevin du site Backpackadeux qui relate leur expérience dans une mine à Potosi. 

Épingler cet article sur Pinterest

Visiter une mine à Potosi en Bolivie

Partager cet article

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur pinterest
Pinterest
Partager sur email
Email

Laisser un commentaire

ARTICLES SIMILAIRES